photo symbole

Photo de Nick Ut – 1972 – Une jeune fille vietnamienne (Kim Phuc) fuyant son village bombardé au napalm

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de la photo symbole et de ses codes particuliers. Qu’est ce qui transforme une image de presse, d’actualité en photo symbole de son époque, de notre temps ?

C’est quoi une photo symbole ?

« On dit d’une photographie qu’elle est symbolique quand elle quitte le terrain de l’actualité pour devenir exemplaire. » Dit Frédéric Lambert* – Sémiologue du texte et de l’image.  Autrement dit, une image qui sort de l’évènement particulier qu’elle était censée décrire pour tendre vers quelque chose de plus universel, qui renvoie à une idée ou un concept. Mais puisqu’une photo remplace 1000 mots, voici une explication en image

Analyse d’une photo symbole

Dans mon stage Grammaire de l’image, je propose une analyse de la photo de Marc Riboud, de la jeune fille à la fleur. Cette image de Marc Riboud a été prise en 1967, lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam à Washington. C’est la dernière vue du film et elle fait suite à de nombreuses images de cette jeune fille. Marc Riboud en grand photographe a tourné autour de son sujet, ébauchant image après image « La » photo symbole qu’il avait probablement perçu inconsciemment dans cette scène. Au départ c’est donc une image d’actualité. Une photo de manifestation contre la guerre au Vietnam. Une situation somme toute courante à cette époque, rien de véritablement particulier. Regardons de plus près les ressorts et les codes de cette image et voyons comment, de photo d’un évènement particulier,  elle devient une photo symbole, icône de la non-violence et de la paix.

photo symbole

Photo de Marc Riboud – 1967 – Jeune fille lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam à Washington

Le photographe aux commandes

Riboud choisit de cadrer serré. Il « rétrécit » le champ de l’image à une opposition. Bref il va au cœur du problème. Rien dans l’image ne permet de situer l’action à Washington en particulier. La photo est construite sur une suite d’opposition : une femme seule contre des hommes nombreux. Vêtements clairs de la jeune fille contre les tenues sombres des militaires, une fleur contre des baïonnettes. Elle se tourne vers eux, ils semblent craindre son approche. Elle offre une fleur, ils se protègent derrière leurs fusils. Le génie de Riboud a été de choisir une focale assez longue et une profondeur de champ courte. L’accent est ainsi mis sur cette opposition principale : la femme à la fleur contre la baïonnette. Car aucun soldat n’est net, ni réellement identifiable. Celui qui tient la baïonnette, sur laquelle il fait la mise au point, est hors champ.

C’est bien sûr volontaire, les soldats ne sont pas des personnes réelles, mais interchangeables, symboles eux mêmes de la force brutale, de la répression. La netteté leur aurait donné une identité propre que le flou de profondeur de champ leur refuse. On voit que le photographe a saisi la dimension hautement symbolique de la scène et qu’il la renforce par ses choix de cadrage et de composition.

Du particulier à l’universel

On comprend aussi pourquoi l’image fit le tour du monde. Sa charge émotionnelle et symbolique est énorme. Ce n’est plus l’image d’une manifestation en 1967 à Washington (cas particulier), mais la photo  de la lutte non-violente pour la paix. Ce sont les nombreux codes symboliques présents dans cette image (fleur, fusil, soldats, etc) qui contribuent à cela. Mais pas seulement: le travail du photographe est un souci de simplification. Riboud, épure son image au maximum, ne gardant finalement que les symboles. L’image devient intemporelle, s’échappe de son actualité et tend vers l’universel.

Les grandes photos symboles de ces dernières années

On trouve facilement des sites présentant les photos symboles du 20° ou du 21° siècle, ne pas confondre toutefois photo marquante et photo symbole. Ainsi l’image de Che Guevara prise par Alberto Korda et considérée comme l’une des 5 photos les plus connues du 20° siècle n’est pas une photo symbole. C’est le Che lui-même qui est un symbole. La photo elle, est devenue une icône.

photo symbole

Che Guevara – Photo Alterto Korda

 

Dans la même liste, on trouve une autre image qui elle est une vraie photo symbole : celle de Jeff Widener d’un manifestant arrêtant les chars de la place Tian’anmen en 1989. On retrouve d’ailleurs certains des codes et oppositions à l’œuvre dans la photo de Riboud. Homme seul contre plusieurs chars, fragilité contre force, impersonnalité des oppresseurs, etc. Détail assez étonnant, le gouvernement chinois se servit ensuite de cette photo pour montrer la compassion de l’armée populaire envers les manifestants (le conducteur de char n’avança pas). Pourtant l’un des ressorts de la photo symbole est justement de ne pas donner de réponse. Sur la photo, on ne sait pas ce qu’il va se passer, le char va t-il avancer ? Mystère et cette interrogation qui donne le frisson dans ce cas fait partie du pouvoir de l’image fixe.

photo symbole

Photo Jeff Widener – 1989

 

Comment créer une photo symbole ?

Les publicitaires donneraient cher pour avoir la réponse à cette question. En publicité, les créatifs se contentent en général d’utiliser les symboles existants. Ainsi le portrait du Che a t-il été régulièrement recyclé – comme on peut le voir sur ce site et on peut supposer que l’intéressé s’est retourné plus d’une fois dans sa tombe… Sauf que l’accumulation de signes et de symboles ne crée pas une photo symbole automatiquement. Dans le cas de la photo de Marc Riboud, ce sont les contrastes, les oppositions entre les symboles et les signes qui se révèle décisif. Le photographe simplifia aussi l’image au maximum en ne gardant que ce qui fait sens. Il élimine notamment tout ce qui permettrait de dater, situer trop précisément l’image. Bref tout ce qui ramène au cas particulier.

* Frédéric Lambert est docteur en histoire et sémiologie du texte et de l’image

Et vous ? Vous avez déjà fait une photo symbole ? Non ? Sûr ? A mon avis ça vaudrait le coup de regarder avec un oeil neuf après la lecture de cet article. Après tout c’est à cela que ça sert l’analyse d’images non ? Se rafraichir l’œil pour y voir plus clair !

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