La promeneuse de Ha Noï est une image réalisée lors du dernier voyage photo au Vietnam que j’ai accompagné en 2025. Elle a été prise dans un grand parc populaire de la capitale vietnamienne. Les habitants viennent y faire de la gymnastique, du jogging, de la danse et d’autres activités physiques ou artistiques, avant d’aller travailler ou de commencer la journée. L’endroit regorge de scènes de vie et est aussi très représentatif du style de vie hanoien. Comme il n’est évidemment pas question dans ce genre d’endroits de déambuler en groupe, je donne simplement des indications aux participants sur les différentes scènes, où aller, etc., et une heure de rendez-vous.
La promeneuse de Ha Noï
Ce matin là, je me suis mis en tête de faire une image montrant l’importance des parcs dans cette ville et leur rôle social. Ha Noï est aujourd’hui une capitale peuplée et hyperactive, mais qui a su, mieux que n’importe quelle autre cité du pays préserver ces espaces de nature au coeur de la ville.
L’intention derrière la promeneuse de Ha Noï
A partir de cette intention, j’ai commencé à rechercher un endroit donnant sur la ville. Je me suis donc promené le long du grand bassin d’eau d’où je pouvais voir quelques immeubles se détacher au loin. A cette heure, le soleil se lève et l’image ne pouvait être prise qu’en silhouette. De l’autre côté du parc on ne voit pas la ville. A un moment donné, je suis tombé sur cet arbre magnifique dont les courbes faisaient un cadre parfait. Une forme englobante qui ramène le regard vers l’intérieur. Le feuillage était suffisamment ajouré pour ne pas faire une masse noire trop importante. Dans la photo de silhouette, ce qui compte c’est le graphisme. Le sujet (la promeneuse) n’a plus de texture, pas de couleur, et donc tout repose sur sa « forme », son attitude, sa posture. Idem pour le cadre, tout repose sur les formes et les lignes. Il n’y a presque pas de plans dans ce type de composition.

Les données de prises de vue
Commencez par essayer de découvrir les données de prise de vue de la promeneuse de Ha Noï :
- Point de vue : (1) appareil de niveau – (2) plongée – (3) contre plongée
- hauteur du photographe : (1) debout – (2) ras du sol – (3) bras en l’air au dessus de sa tête
- Focale : (1) Ultra grand angle – (2) grand angle – (3) standard – (4) téléobjectif
- Ouverture : (1) grande – (2) petite
- Vitesse : (1) lente – (2) rapide – (3) très rapide
Tous les indices sont dans l’image, à vous de jouer.
La technique de l’affut
Une fois mon cadre trouvé, il me restait à attendre les personnes qui passeraient dedans. Cette technique de l’affut fonctionne bien au Vietnam, particulièrement dans ce genre de lieux où il y a beaucoup d’activités. Comme pour la photographie animalière, un photographe immobile dans son coin, n’attire pas beaucoup le regard. De plus, les gens sont engagés dans leurs activités et l’on peut donc facilement avoir des vues parfaitement naturelles, comme celle de la promeneuse de Ha Noï
La capture d’écran ci-dessous montre la série d’images réalisées avant éditing.

La photo retenue est en fait arrivée rapidement. Dans une scène d’action aussi peu rapide, on pourrait penser qu’il est facile de déclencher au bon moment. Mais le sujet est petit et il peut y avoir plusieurs personnes. Et comme dans toute action, il y a des temps forts et des temps creux. On parle pour une joggeuse de temps forts esthétiques (dont je parle dans le volume 2 de la Grammaire de l’image). C’est-à-dire des moments où la scène est plus esthétique, plus lisible.
Les temps forts esthétiques
Dans la vue ci-dessous, prise une faction de seconde avant celle retenue, la pose de la promeneuse de Ha Noï est très différente.

Ce n’est pas un temps fort, la silhouette est moins intéressante, moins gracieuse, l’attitude de la promeneuse de Ha Noï semble moins légère, moins enjouée.

Idem pour l’image ci-dessous, même si la position des jambes est bien plus jolie, ce n’est pas encore ça.

Comparons ce qu’un centième de seconde peut chnager en photo avec les vues suivantes: tout est dans la position des jambes et des bras. Dans les 2 vues, l’un des pieds est levé, mais dans celle de droite, c’est le pied arrière ce qui donne plus d’élan, de vigueur à la démarche. A gauche, la promeneuse freine, à droite elle avance. Les bras de la femme à gauche sont déséquilibrés (le gauche est tout petit) et plus bas. A droite ils sont plus haut (et au même niveau) et de taille presque égale. C’est plus harmonieux et plus élégant. La promeneuse a l’air plus dynqmique et plus enjouée à droite. Elle a quasiment une pose de danseuse, le charme de l’insouciance. la vue est légère.

Il y a une autre petite différence qui a de l’importance dans la silhouette de la femme. Est-ce que tu peux la trouver ? Et en attendant voici les données exif de la photo.
Les réponses – données de prises de vue la promeneuse de Ha Noï
Alors, avez-vous trouvé les exifs de cette image ? Découvez cela tout de suite…
- Point de vue > (3) contre plongée : très légère et repérable à la déformation en trapèze des gratte-ciels au fond et à la hauteur de l’horizon très bas dans l’image
- Hauteur du photographe > (2) ras du sol, car les pieds se détachent ce qui indique que l’appareil était posé par terre
- Focale > (1) Ultra grand angle : un 17 mm (plein format) – c’est ce qui donne un air élancé à la silhouette de la jeune femme et l’inclinaison des lignes du tronc de l’arbre sur le côté gauche
- Ouverture > (2) petite f/8 : tous les plans sont nets
- Vitesse > (2) rapide – 1/500° des sec. – mais cela aurait pu être la réponse (3) très raide aucun indice ne permettant de faire la différence
Pourquoi ce point de vue pour la photo de la promeneuse de Ha Noï

Pour simplifier au maximum le graphisme de la scène, j’ai adopté un point de vue le plus bas possible – ce qui m’a permis d’avoir les jambes et les pieds de la personne – qui ne sont pas coupés par la « ligne de sol ». Cela a supprimé le plan d’eau, mais celui-ci n’était pas essentiel dans mon intention de départ. Pour éviter les nombreux obstacle qui compliquaient la composition, je me suis rapproché de l’allée où les joggeurs et les marcheurs passaient. L’utilisation d’une super ou ultra grand angle s’imposait donc. Cela a amplifié la forme naturellement penchée du tronc ce qui a ajouté du dynamisme. L’oeil est d’abord attiré par la présence humaine et en l’occurence la jeune femme, car elle est plus au centre et se détache mieux que l’homme à droite. Ensuite le regard se pose sur la haute lumière pile au centre puis sur les immeubles.
Forme englobante
La silhouette de l’arbre crée une masse noire imposante dans le haut de l’image. Cela pourrait être trop, mais la forme en courbe, accentuée par le déformation du point de vue et l’utilisation d’une très courte focale ramène le regard vers le centre de l’image. Les formes englobantes mettent en valeur ce qui se trouve en leur centre. C’est le principe de la voûte en architecture. La masse noire du sol – que je n’ai pas cherché à éclaircir en postraitement contribue à créer un effet tunnel vers la lumière. On glisse dessus. Seule les reflets des carreaux de l’allée trouent cette masse – en amenant d’ailleurs aussi au sujet.
Exposition
Pour la promeneuse de Ha Noï comme d’habitude, j’ai exposé « à droite » pour récupérer un maximum de détails, mais en faisant une vue test et in contrôle de l’histogramme avant de commencer, pour éviter que la haute lumière du soleil ne surexpose l’image. Enfin, j’ai pris les images à une cadence moyenne de 5 im/sec. histoire de ne pas rater la « meileure position » car dans mon viseur les passants étaient petits et je n’étais pas sûr de déclencher pile au bon moment.
Les petits défauts de la promeneuse de Ha Noï
Il y en a bien sûr. Comme dans toutes vues à l’ultra grand angle et particulièrement en Asie, il ya des recoupements de plans entre le feuillage de l’arbre et la tour en forme de pylone à gauche par exemple. L’homme qui approche à droite n’apporte pas grand chose non plus à l’image. Mais comme il est en partie de la même tonaité que le feuillage de l’arbre, il ne se détache pas tant que ça. Une image possède presque toujours des défauts et c’est souvent ce qui lui donne l’air vraie. Elle est la somme de ses défauts et de ses qualités. Il faut juste que la balance penche du côté des ces dernières.
Une autre scène
Pour finir, voici une image prise quelques secondes après. On a plusieurs personnes (ce qui était le cas la plupart du temps à cette heure d’affluence) et du coup la lecture se complique. Elle est intéressante de par les positions respectives des personnages, mais leurs positions ne sont pas très élégantes (bras le long du corps, pieds au sol) et l’image n’a plus la la légèreté et le dynamisme de la précédente.

Je suis resté environ 15 mn à faire des images (une cinquantaine peut être) en gradant le même cadrage. Le mode rafale est un peu obligatoire dans cette position au ras du sol, avec le moniteur, on n’a pas le contrôle de son image comme lorsque l’on a l’oeil au viseur. Quand j’ai commencé l’éditing, j’ai tout de suite repéré l’image de la promeneuse. Et quand une image « claque » en format de 4 cm de long, cela veut dire qu’elle a un fort impact visuel.
Et mon intention alors ?
Je voulais montrer la présence de ces parcs typiquement hanoiens au centre de la capitale et dans le coeur de ses habitants. Je suis content de cette image. On voit la grande ville au fond, la nature y est très présente (l’arbre, le lever de soleil) et on sent la joie de la jeune femme dans sa démarche. Elle montre aussi un Vietnam moderne et décomplexé (jeune femme en mini jupe et baskets, marchant d’un pas décidé).
Voilà j’espère que cette analyse d’images d’une promeneuse de Ha Noï vous a plu. Vous pouvez retrouver d’autres analyses d’images sur cette page, la technique d’analyse dans le premier volume de la Grammaire de l’image et enfin, si vous voulez que l’on analyse ensemble quelques de vos images regardez du côté de la lecture de Portfolio.
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Philippe Body, votre photographe formateur
Philippe photographe de voyage professionnel a deux passions : la photographie et le voyage. Après … lire plus





