La petite bergère khmère ramenant son troupeau de zébus à sa maison est l’une de mes images préférées de mon dernier voyage au Cambodge. Aujourd’hui, je vous propose une analyse de cette image pour voir en quoi les images prises quelques secondes avant ou après sont très différentes (et moins bonnes).
La petite bergère khmère
La photo a été prise pendant un repérage avant mon voyage photo au Cambodge de 2024. Je connaissais bien cet endroit et l’heure à laquelle en général les khmers ramènent les troupeaux, juste avant le coucher du soleil. Cette fois, j’ai décidé de poursuivre un peu plus loin sur la piste après les dernières maisons. Le soleil est sur le point de tomber et les ombres sont très très longues lorsque je vois apparaitre au loin 2 petites filles et leur troupeau. J’ai juste le temps d’atteindre le virage et de garer la moto avant qu’elles ne passent devant moi.
Pas de rafale; on décide quand appuyer
Comme le montre la capture d’écran ci-dessous, je vais avoir le temps de faire 10 vues en un peu moins de 50 secondes. La meilleure (nous allons voir pourquoi après) est la dernière – entourée d’un cercle vert. Les autres vues intéressantes – soulignées d’un trait vert ont été prise à 1 seconde d’intervalle environ. Comme vous le voyez, pas de rafales ici, chaque déclenchement a été décidé en fonction de la position du corps de la jeune fille entre autres.

Un temps d’avance
La première vue de ma petite bergère khmère ci-dessous est faite en mode express. Je ne suis pas spécialement bien placé et du coup, plusieurs problèmes plombent la photo :
- 1 et 2 > les ombres des arbres sont très présentes et n’apportent pas grand chose,
- 3 > la jeune fille me regarde (le coin n’est pas du tout touristique, donc c’est un peu moi l’attraction).

Or, en photo de reportage, lorsque le sujet vous regarde, c’est un portrait, pas une scène et cette ligne de regard directe a tendance à faire oublier le reste de la composition.
Heureusement un troupeau ça bouge et ça occupe la petite bergère khmère
Heureusement pour moi, le regard de la petite bergère khmère va être attiré par son veau et moins d’1 seconde après elle ne me regarde plus.

Cette seconde image a de bons côtés :
- 2 – 3 et 4 > les ombres « meublent » le premier plan très présent (grand angle oblige)
- les vaches de tête regardent vers la gauche, à l’opposé de la jeune bergère – ce qui créé une tension dans l’image et apport du dynamisme – du coup le centre de gravité se situe pile au milieu (cercle rouge)
Mais il y a aussi quelques problèmes de composition:
- 1 > cette fois c’est une des vaches (1) qui me regarde
- le premier plan (trapèze en vert) est très présent

Tout le monde regarde du même côté :
Ci-dessous, vaches et bergère regardent dans la même dircetion. L’image est moins intéressante que la précédente car elle ne possède pas de tension justement et aussi parce que la jeune fille est moins « active » que dans la vue précédente. En ce qui me concerne, mon placement n’est pas non plus optimal, je suis à bout de zoom (28 mm) et je manque de recul. La composition est en rectangle, très classique, un rectangle de ciel, un autre de rizière et un de la piste rouge en premier plan. Les rectangles c’est rassurant, mais très peu dynamiques, voire très vite ennuyeux.

Un petit peu de chance
La jeune bergère va alors attendre sa petite soeur – que l’on aperçoit sur la droite de l’image – et que j’intimide manifestement. Pendant ce temps, je peux enfin bouger et choisir un autre points de vue, bien plus intéressant. Cette fois, on a 2 rectangles (ciel et rizières) et une courbe (le sol). Cette dernière forme est dynamique et surtout englobante – c’est-à-dire qu’elle met en valeur les éléments placés à l’intérieur (ici le troupeau).

Poussons un peu l’analyse et regardons ce qui va et ne va pas :
- La ligne courbe créée par le nouveau point de vue est bien plus intéressante que le rectangle du cadrage précédent
- 2 et 3 > les lignes de regard de la bergère et des vaches sont opposées ce qui créé une tension intéressante
- 4 > le chemin se prolonge dans la direction de la vache de tête et le point de fuite est situé dans l’image
- 1 > on voit l’ombre du photographe, ce qui n’est pas terrible
- 5 > les têtes des 2 vaches au milieu de l’image ne sont pas visibles – or, elles sont au centre de l’image ce qui n’est très bien non plus
- enfin le cadre est très rempli, et il y a peu d’espace entre le cadre et la bergère

Un peu de recul pour plus d’espace et un bon cadrage de La petite bergère khmère
Pour les 3 vues suivantes de ma petite bergère khmère – j’ai réussi à reculer un peu plus. Il ya une seconde d’écart seuelemtn entre la première et la dernière. Le cadre est donc plus large et le sujet (troupeau et bergère) respirent mieux. Ils sont aussi plus compacts, plus ramassés sur eux mêmes au lieu de s’étirer comme dans les vues précédentes. Du coup, le point de gravité est au centre et la lecture de l’image plus rapide, plus simple. La jeune fille n’est plus cachée par le troupeau, mais se détache bien. La courbe est aussi plus accentuée.


Dans cette dernière et meilleure vue, c’est l’attitude la jeune bergère qui est très intéressante, par rapport aux 2 vues précédentes. Elle est plus dynamique, plus tonique – enfin, elle parait l’être car c’est surtout une question d’angle. Mais il y a 2 petit plus dans cette image par rapport aux 2 précédentes. A votre avis ?

Des petits plus qui font une vraie différence et qui montre que nous ne paitrisons pas tout, ou même parfois pas grand chose. C’est la magie de la photographie.
- 1 et 2 > plus d’espace entre les bords du cadre et le sujet, ce qui donne « de l’air » à la composition
- 3 > la courbe est plus marquée et le sujet (troupeau / bergère) en suit les contours, le point de fuite est dans l’image,
- 4 et 5 > premier « plus », les jambes de la jeune fille et de la dernière vache ont le même muvement, ce qui donne du rythme,
- 6 > second « plus », troupeau, jeune fille et bosquet d’arbre composent un triangle virtuel quasi parfait !

Et la profondeur dans tout ça ?
Dans les premières versions on a une composition en rectangle et un point de vue quasi frontal. Donc malgré l’utilisation d’une courte focale, pas de profondeur. Le cadrag avec la courbe – qui dessine un « L » change tout : il inclut 2 lignes convergentes et un point de fuite, ce qui donne instantanément de la profondeur. CQFD

Ah oui, les exifs
Pas la peine de vous les donner, je suis sûr que vous avez votre idée. La vitesse est forcément rapide ‘au dessus du 1/125° de sec.) sinon il y aurait un flou de mouvement sur la petite bergère khmère. La focale ? Premier plan assez présent, netteté sur toute l’image, lignes convergentes, c’est donc une courte focale. L’ouverture ? Les ombres sont allongées dans les premières vues, puis presque disparues dans la dernière, donc le soleil est quasi couché, donc il n’y a plus trop de lumière. L’ouverture doit donc être assez ouverte, mais il semble y avoir pas mal de profondeur de champ. En réalité, le fond est légèrement flou et c’est bien, le sujet se détache). La sensibilité ISO : c’est elle qui a été augmentée pour compenser la faible lumière et éviter des ouvertures trop grands de f/4 ou f/2.8 avec lesquelles il y aurait eu un risque de manque de netteté sur le troupeau.
- Vitesse 1/320° de sec. – (j’étais speed, donc je ne prends pas de risque)
- Ouverture f/5.6 (pas envie de monter plus les ISO – mais au 28 mm la profndeur de champ doit être suffisante)
- ISO : 640
- 28 mm
Conclusion
Voilà pour cette analyse d’image de la petite bergère khmère en différentes versions. J’espère qu’elle vous a plu. Comme vous le constatez, ce qui fait qu’une images est meilleure qu’une autre ne tient pas forcément à grand chose. L’analyse permet de comprendre pourquoi telle ou telle version est meilleure. Vous pouvez retrouver plein d’autres images analysées sur cette page. Enfin, n’hésitez pas non plus à vous abonner à la newsletter du site (différente de celle des articles de blog). J’en fais environ 1 tous les 2 mois dans lesquelles je donne l’actualité des stages et voyages photo que j’organise, etc.
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merci Phil
merci pour ces qlqs lignes
j’ai toujours beaucoup de plaisir à lire tes analyses
j’ai chaque fois l’impression de faire un petit pas en avant, dommage que je j’ai parfois tendance à oublier !!!
cordialement J
Merci Jacques pour ton message, très bonne soirée
Bravo pour cette analyse.
On peut aussi se dire que dans votre cliché préféré, le sujet, la petite fille, se trouve dans la » section d’or », ce point est trés important en composition
. Il y a 4 Points de section d’or dans toute composition , qui correspondent à chaque largeur divisée par le nombre d’or et chaque longueur divisée par le nombre d’or..
par exemple, l’arbre le plus haut du bosquet est en section d’or dans les clichés N°5 et 6., (et la petite fille n’est pas. en section d’or) Dans votre cliché préféré, l’arbre a cédé sa place pour que la petite fille prenne une place en section d’or..;Interessant!
Donc on peut dire disposer un élément aux points de section d’or donne quelque d’inexplicable mais de réussi…toujours ! Merci à nos grands maîtres en peinture! et à vos analyses fines !
Bonjour Barbouille, bravo pour votre analyse – qui bein que très personnelle – est très construite et intéressante. En ce qui me concerne, je ne parle pas de la section d’or parce que oors de la rédaction de mon livre sur la Grammaire de l’image en 2021, j’ai cherché à me documenter sur ce sujet. Beaucoup d’avis divergent sur l’utilisation et la réalité de la section d’or comme du nombre d’or. Pour finir, j’ai acheté et lu le livre de Marguerite Neveu : Radiographie d’un mythe suivi de La Divine Proportion – aux Editions Points. Les auteurs font le point sur la section d’or dans l’art, mais aussi la physique, etc. A chacun de se faire son avis sur la question, mais pour moi en tant que photographe d’une part c’est impossible à utiliser sur le terrain et d’autre part, il s’agit bien d’un mythe plus que d’un concept réel comme le pense et le démontre Marguerite Neveu dans son ouvrage. Merci en tut cas pour votre commentaire et cet échange