Le calotype – quand le négatif était en papier


Le calotype appelé aussi un temps talbotype du nom de l’autre inventeur de la photographie  « Henry Fox Talbot » était une simple feuille de papier rendue translucide par cirage et recouverte d’une émulsion sensible à la lumière pour former un négatif.

La photographie entre dans la modernité

On doit reconnaitre à Henry Fox Talbot avec l’invention du calotype la mise au point du procédé négatif / positif en faisant entrer dès 1833 la photographie dans la modernité. Contrairement au daguerréotype qui ne produisait qu’une épreuve unique et inversée sur plaque de cuivre recouverte d’argent, le calotype permet la reproductibilité des tirages sur support papier. C’est donc le tout premier négatif remplacé quelques années plus tard par la plaque de verre puis par le film que les adeptes de l’argentique utilisent encore aujourd’hui.

Les premiers reportages

Très vite le calotype est plébiscité par les premiers photographes et  les artistes comme Gustave le gray, Banquar- Evrard, Niepce de Saint Victor, Le Secq, Bayard Humbert de Mollard et tant d’autres. Ce procédé permet de réaliser les premiers reportages et expéditions photographiques grâce à sa relative facilitée de mise en œuvre. Les nombreuses possibilités d’interprétations ne sont pas étrangères à la popularité du procédé. C’est d’ailleurs le calotype qui est à l’origine du premier livre illustré de photographies (The pencil of nature) de william Henry Fox Talbot.

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Si avec le daguerréotype, la photographie était une technique nouvelle et singulière, avec le calotype elle devient esthétique, originale, innovante et reproductible en s’inscrivant dans la modernité.

Le premier négatif

C‘est donc Talbot qui trouve le moyen d’impressionner sur une feuille de papier l’image obtenue dans une chambre noire et d’en multiplier les épreuves par tirages, principe de base de la photographie moderne. Les opérations se faisaient en deux parties distinctes : la « ioduration » et la « nitrisation » du papier. Dans une cuvette de faïence, le photographe versait une partie de bromure de potassium pour 25 parties d’iodure de potassium qu’il dissolvait dans 500 ml d’eau distillée, le papier était plongé pendant quelques minutes dans ce premier bain. Lavé puis sécher il se conservait indéfiniment mais ne devenait sensible que dans le second bain de nitrate d’argent. Le papier s’utilisait à l’état humide ce qui n‘était guère pratique. Plus tard le procédé fut amélioré et permit une utilisation à l’état sec beaucoup plus rationnel pour la photographie en extérieur et d’expédition. Le papier était rendu translucide par contact dans une cuvette en cuivre argenté sur un lit de cire d’abeille fondu. L’épreuve positive papier se tirait exclusivement par contact avec le procédé au papier salé ou celui plus riche d’aspect du papier albuminé.

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Un calotype de l’époque Louis-Philippe

La porte ouverte à d’autres procédés alternatifs

Outre l’intérêt évident d’un tel procédé à l’époque pour les précurseurs de la photographie, le rendu particulier des images calotypes offre aussi pour l’artiste d’aujourd’hui un champ d’expérimentation important, multiplié si l’on le conjugue avec les possibilités du numérique. Il est tout à fait passionnant de reprendre les formules et savoir faire des années 1850 et d’utiliser une chambre photographique de grand format. Mais pour ceux qui ne dispose pas d’un tel matériel et veulent se rapprocher du rendu de ce procédé emblématique de l’histoire de la photographie, il reste envisageable d’imprimer un négatif jet d’encre issu d’un fichier numérique. Utiliser un papier de type lettre de 70 à 90 grammes. Après un séchage conséquent il suffira de cirer le papier pour le rendre le plus transparent possible. Il faut pour cela l’imbiber de cire sur la face non imprimée, en râpant une petite quantité et en la faisant fondre avec un fer à repasser au travers de plusieurs feuilles de papier. Le négatif devient suffisamment transparent pour effectuer un tirage par un des procédés alternatifs comme celui de la gomme, du cyanotype, du papier salé et albuminé comme à l’époque de la préhistoire de la photographie.

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Joseh Petiot Groffier_Challon sur Saône_1854

A la recherche d’une œuvre authentique

C’est le caractère si particulier du calotype qui intéresse les photographes du 19eme siècle mais qui passionne les photographes contemporains en recherche d’une œuvre authentique et singulière. C’est aussi  porter une attention toute particulière aux procédés alternatifs qui permettent à l’artiste d’affirmer sa différence dans une époque ou l’image devient formatée par l’omniprésence des nouvelles technologies numériques.

Jean-Charles Gros

https://www.heliomaphoto.com/

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L'auteur : Jean-Charles GROS

Photographe professionnel, expert en procédés alternatifs

Jean-Charles à consacré pendant quarante années sa vie professionnelle à la photographie industrielle et publicitaire, ce qui lui permet de pratiquer en parallèle une photographie d’auteur essentiellement plasticienne proche d’un «pictorialisme contemporain» .

Sa grande connaissance de l’histoire de la photographie et ses multiples recherches sur les procédés anciens et alternatifs lui sert dans tout son travail d’artiste et lors d’expositions et conférences. Il créera aussi en 1992 un festival de photographie « Les Aubenades » qui aura 12 éditions

Ses œuvres sont visibles sur le site Héliomaphoto

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