Gérer les couleurs en photographie est un casse-tête pour beaucoup de passionnés qui veulent réaliser un livre photo, des tirages argentiques ou des impressions jet-d’encre. Les couleurs n’existent pas et c’est le cœur du problème pour la bonne gestion de nos photographies ! En revanche, ce qui existe, c’est la vision colorée.

À chacun sa vision d’un monde coloré

Gérer les couleurs en photographie
En effet, ce que nous appelons couleurs est la perception particulière via notre physiologie de certaines longueurs d’onde du spectre électromagnétique. La vision trichrome humaine s’opère dans la rétine par l’intermédiaire de trois types de cônes respectivement sensibles aux radiations de (+/-) 400 à 480 nm pour les bleus, de 480 à 600nm pour les verts et de 600 à 750nm pour les rouges. Les êtres vivants qui voient la lumière ne partagent pas la même vision colorée. Les achromates perçoivent le monde en noir et blanc, les dichromates avec deux couleurs, les trichromates (les humains) avec trois couleurs, d’autres espèces avec quatre couleurs et plus. Le record étant détenu par la crevette mante qui possède douze différents cônes : autant dire qu’elle perçoit un monde coloré qu’aucun homme ne verra jamais ! Les différences existent également au sein même des espèces comme le dichromatisme humain mieux connu sous le nom de daltonisme. Néanmoins, dans la majorité des cas, nous sommes tous d’accord : le ciel est bleu, le sang est rouge, etc., mais que voyons-nous en réalité ? Pour ceux qui étudient la vision, il y a une quasi-impossibilité de définir la couleur en soi, on doit toujours utiliser un référent consensuel. La perception des couleurs est donc subjective, de plus elle varie sensiblement selon les individus, l’environnement coloré, la fatigue visuelle… Dès lors, on imagine combien il est difficile de gérer les couleurs en photographie ou plutôt la vision colorée, tout au long de la chaine graphique.

Gérer les couleurs en photographie à l’ère du numérique

La question de la gestion des couleurs se pose à l’être humain depuis qu’il utilise des pigments soit à l’aube de l’humanité ! Dans cet article, je laisse avec regret les peintres géniaux de Lascaux, les enlumineurs du Moyen-Âge, les peintres flamands, les photographes du 19e siècle tels Louis Ducos du Hauron, Charles Cros et autres inventeurs… pour aller directement à l’ère numérique. Cet univers binaire n’est pas très excitant, mais il permet d’établir des normes pour pallier à la fois au problème technique de la reproduction des couleurs et à la subjectivité de la vision colorée. Qui dit numérique dit chiffres ! Une photo numérique est une succession de données mathématiques qui définissent un pavage de pixels. Le système s’inspire de la vision humaine avec, pour chaque pixel, une valeur de gris pour définir le rouge, une pour le vert et une pour le bleu. En numérique, les valeurs sont encodées en octets. Les images numériques usuelles utilisent un octet par valeur de gris mais parfois plus pour les travaux avancés type HDR. Les fichiers bruts RAW sont généralement encodés en 14 bits. Ils offrent donc potentiellement beaucoup plus de valeurs qu’une image standard. Faisons le calcul pour un fichier classique en huit bits : un octet est composé de huit bits, chacun ayant pour valeur 0 ou 1 soit deux possibilité. Nous avons donc 2 puissance 8 = 256 combinaisons possibles. Ainsi, chaque pixel est défini par trois chiffres entre 0 et 255 pour chacune des valeurs de rouge, vert et bleu. Si l’on poursuit le calcul, nous avons 256 puissance 3 = 16 777 216 possibilités soit environ seize-millions de couleurs encodées sous forme de données dans votre fichier.

À chacun son espace couleur

Pour que ces données soient visibles sous forme d’image, elles doivent être organisées. Pour ce faire, les données numériques du fichier sont distribuées dans un espace couleur. Imaginez un peintre ayant seize-millions de tubes de peinture qu’il doit sélectionner et disposer sur une palette pour peindre sa toile. La palette du peintre représente l’espace couleur numérique et il ne contient pas nécessairement les seize millions de possibilités. Les espaces les plus connus sont Adobe RVB98 et sRVB, mais il y en a d’autres. Ce n’est pas fini. Il faut que notre image numérique puisse s’adapter aux différents écrans : celui de l’appareil photo, du téléphone, de la tablette, de l’ordinateur… Pour cela on utilise des profils. Ce sont de petits fichiers qui corrigent l’espace couleur pour le rendre compatible avec le support de destination. Pour résumer, nous avons trois chiffres RVB pour chaque pixel, un espace couleur pour l’image et un profil pour le support d’affichage. Je vous l’accorde, c’est un peu rébarbatif, mais cela à l’avantage de pouvoir s’appuyer sur des valeurs chiffrées objectives pour gérer les couleurs en photographie.

Gérer les couleurs en photographie

Gérer les couleurs dans l’impression

Jusque là nous sommes restés dans le système dit spectral de la vision, c’est-à-dire celui de la lumière colorée comme dans l’arc-en-ciel ou les écrans. Dans ce système, les rayonnements s’additionnent et lorsque les trois couleurs RVB se mélangent, elles donnent de la lumière blanche.

Gérer les couleurs en photographie - synthèse additive

Le problème se complique dès que l’on veut transférer l’image RVB sur un support papier, car il faut utiliser des pigments qui restituent les couleurs par soustraction des radiations. Pour rendre les couleurs on doit utiliser non pas du rouge du vert et du bleu, mais du jaune du magenta et du cyan (JMC), lorsque les trois sont mélangés ils donnent du noir. Pour résumer, nous avons les couleurs de la lumière pour la prise de vue et les couleurs de la matière pour l’impression. De plus, les techniques d’impression juxtaposent les points de couleurs pour donner une illusion de mélange et ne peuvent donc pas restituer le noir avec les seuls JMC. Il faut donc ajouter un pigment noir. Ainsi les espaces couleur d’impression sont en quatre « couleurs » : cyan, magenta, jaune, noir (CMJN).

Gérer les couleurs en photographie - synthèse soustractive

Nous comprenons le casse-tête auquel se confronte le photographe : pour réussir une impression de livre photo ou un tirage d’exposition, il doit transposer son image d’un espace en trois couleurs rouge, vert et bleu vers un espace en quatre couleurs jaune, magenta, cyan et noir, et cela avec la subjectivité de la vision colorée. Heureusement, les techniques de post-production permettent de gérer les couleurs tout au long de la chaine graphique avec une bonne fiabilité. La théorie n’est pas simple et la tâche peut sembler ardue. Néanmoins, les outils numériques pour gérer les couleurs en photographie permettent des procédures accessibles à tous et très efficaces si elles sont correctement mises en place depuis la prise de vue jusqu’à l’impression.

espace couleur RVB et CMJN

Pour ceux que la question intéresse, un stage est désormais disponible : la gestion des couleurs de la prise de vue à l’impression. Ces notions peuvent également être vues dans des cours particuliers sur les logiciels Affinity photo et Adobe Photoshop.

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Jean-Baptiste Rabouan, votre photographe formateur

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Jean-baptiste Rabouan a de nombreuses cordes à son arc : photographe, journaliste et écrivain.

Jean-Baptiste Rabouan est photographe professionnel et collabore

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avec de nombreux éditeurs de livres et titres de la presse magazine internationale. Il a été l’un des collaborateurs « staff » du magazine Grands-Reportages de 2000 à 2016 et publie aujourd’hui aux Éditions Glénat. Il a étudié le Hindi et a écrit deux romans sur l’Inde : Un Jardin sur le Gange et Le Miel Amer de l’Himalaya. Ses principaux ouvrages dont il signe les textes et les photographies sont : Ladakh, voyage au royaume de la laine ; Mother India, 2010 ; À la recherche des laines précieuses, 2015, prix AJT du livre de voyage 2016 et publié aux états-Unis ; Mogok, la vallée des pierres précieuses, 2018 ; Cyanotype livre pratique de photographie alternative, 2018.Il consacre une part importante de son travail à la photographie alternative et aux procédés photographiques anciens.

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