Le chemin vers la lumière est une image publiée dans le second volume de la Grammaire de l’image – au second chapitre – « Les outils d’écriture ». Nous allons voir ensemble ce qui fait la force de cette image et les choix à la prise de vue et au post-traitement qui ont été faits. Philippe Body.

Le chemin vers la lumière – Analyse d’image

Cette photo a été prise en Birmanie dans le sud du pays, dans une grotte naturelle, investie par les bouddhistes. L’endroit est devenu sacré et de nombreux Birmans viennent la visiter en famille ou en groupe, y compris des moines – comme ce jeune novice sur la photo. La particularité de cette grotte est qu’elle possède une entrée et une sortie. On descend dans les profondeurs et les ténèbres et au bout de plusieurs dizaines de minutes , le chemin remonte et l’on ressort à la lumière. Les premiers moines qui y séjournèrent y virent bien sûr une allégorie du chemin que tout homme doit réaliser pour lui-même afin d’atteindre le Nirvana. C’est l’un des endroits où j’emmenais mon groupe lors des voyages photo en Birmanie.

chemin vers la lumière

Les exifs – Le chemin vers la lumière

Commencez par essayer de deviner quelles étaient (en gros) les données de prise de vue :

  • vitesse
  • ouverture
  • focale

L’intention

Mon intention était … ben je n’en avais pas en fait, jusqu’à ce que je vois des personnes se découper en ombre chinoise devant ce gros rocher couvert de sécrétions calcaires.  J’ai d’abord fait une vue générale de l’endroit (ci-dessous), puis j’ai eu l’idée d’un cadrage mettant en valeur le passage de l’ombre à la lumière symbolisé par cet escalier. Autrement dit, l’intention est venue en tournant autour du sujet, comme l’appétit vient en mangeant.

analyse d'image - chemin vers la lumière

Exif – Réponses

  • Vitesse 1/210° de seconde – le réglage est déterminé par le piéton qui marche. J’aurais pu miser sur le 1/125° voire un poil moins, mais je n’avais pas envie de la rater.
  • Focale 60 mm (équivalent 90 mm en 24×36) – on voit qu’il s’agit d’un petit téléobjectif, car le premier plan n’a pas une importance exagérée. Cela indique l’utilisation d’une focale standard ou petit télé et un point de vue en légère contre-plongée,
  • Ouverture f/3.5 – là il n’y avait pas beaucoup d’indices, car il n’y a pas vraiment de flou de profondeur de champ. Mais ici, c’est la vitesse qui m’intéressait plutôt que la profondeur de champ et il n’y avait pas beaucoup de lumière donc je suis au taquet.
  • ISO : 5000 – cela ne change rien à l’aspect créatif de l’image, mais cela m’a permis d’utiliser une vitesse relativement élevée dans un environnement très sombre. En fait, je n’avais pas le choix.

Construction de l’image chemin vers la lumière et techniques de composition

La construction de l’image est assez simple. Elle n’a pas été du tout recadrée, mais j’avais eu le temps d’affiner la composition, car plusieurs personnes étaient passées avant ce jeune moine. Dans une image verticale, le sens de lecture est différent. Cela vient de notre vision par définition horizontale. La hiérarchie des éléments visuels s’applique toujours, mais avec moins de force. Elle est aussi contrebalancée par la tendance à lire l’image de bas en haut. Ici cependant c’est le rocher (1) qui est le patron de l’image. C’est lui qui attire l’œil en premier. Grâce à un placement au centre et à une zone de haute lumière et de contraste forts. La présence du garçon est importante aussi, et bien que petit, il contraste fortement avec le jaune du rocher ce qui augmente sa visibilité et sa présence. L’effet n’aurait pas du tout été le même s’il s’était trouvé à 3 cm plus à droite dans l’image. C’est ce point qui a conditionné ma position dans l’axe de l’escalier.

analyse photo - le fonctionnement de l'image

Les hautes lumières (2) – en haut à gauche – attirent aussi fortement le regard. Il y a d’ailleurs un jeu de renvoi entre la ligne du regard du moine et la direction des rais de lumière qui arrivent d’en haut représentée par les flèches vertes ici..

 

Les lignes horizontales – donc statiques – de l’escalier sont très importantes et presque la moitié de l’image leur est consacrée. Elles ont également déterminé mon choix de focale et donc mon point de vue. Les lignes sont statiques, mais leur répétition crée un rythme dans l’image qui accompagne naturellement le mouvement de bas en haut et le chemin vers la lumière du jeune garçon. La lumière qui éclaire faiblement la partie horizontale des marches taillées dans la pierre contraste avec la partie laissée dans l’ombre. Elles semblent sortir des ténèbres. Laisser cette partie sombre et ne pas tenter d’éclaircir les ombres comme l’aurait fait Lightroom en mode automatique est également un choix de post-traitement.

Le point de vue

Le point de vue est important parce que le garçon devait se détacher parfaitement sur le rocher, ce qui impliquait que je sois à la même hauteur que lui. Ni plus ni moins. Ainsi ses jambes se détachent parfaitement au lieu d’être « mangées » par l’escalier (si j’avais été plus bas) ou le sol (si je m’étais mis plus haut). Ce qui soit dit en passant m’a fait atterrir au beau milieu des crottes de chauves-souris… Le making-of n’est pas toujours glorieux.

Voici 2 autres images prises avant que je trouve mon cadrage définitif. Elles m’ont servi à caler, préciser la dernière composition. C’est le principe de l’ébauche. Dans la vue de gauche, on voit qu’il est impossible de détacher le sujet si celui-ci se confond avec l’escalier. Le moine ne ressort pas du tout. Je devais donc attendre qu’il arrive en haut. Mais dans cette composition, le mouvement du moine ainsi que les lignes conduisent le regard vers la droite de l’image, pas vers la lumière. Cela m’a conduit à trouver un point de vue plus vers la gauche.

Dans la vue de droite, les 2 moines sont trop à droite : ils ne se détachent pas bien sur le rocher. Et j’ai trop attendu pour prendre la photo, du coup on ne voit plus leurs pieds…  L’instant décisif est passé, il n’y a plus qu’attendre qu’il revienne. Les masses sombres sont également très présentes et sans doute trop (enfin, c’est mon avis).  Dans la vue définitive, le chemin vers la lumière fonctionne parce que je lui ai laissé de la place et surtout parce que le moine regarde vers la lumière. Un petit cadeau pour ma persévérance ? Non, un réflexe naturel sans doute, mais en tout cas cela fait la différence.

Prendre le temps pour affiner ses cadrages

Cet article vous a plu ? Retrouvez d’autres analyses d’images sur cette page. Comme vous le voyez, il ne s’agit pas de juger ou de critiquer, mais bien d’analyser ce qui fait qu’une image fonctionne ou pas. C’est évidemment le thème (entre autres) de notre stage Grammaire de l’image tout comme celui-ci du livre Les secrets de la composition, mais aussi des nos lectures de portfolio. Pour 79€ seulement, nous analyserons en ligne votre travail – environ 60-70 de vos images. Pour vous aider à y voir plus clair, tenter de définir un style, vous conseiller des techniques ou des pistes de travail.

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Philippe Body, votre photographe formateur

Philippe Body, votre photographe formateur

Philippe photographe de voyage professionnel a deux passions : la photographie et le voyage.  Après  … lire plus

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plusieurs séjours en Afrique, il se rend en Asie et c’est l’éblouissement. A la fin des années 80, il réalise ses premiers reportages en Inde, dont un sujet sur l’inaccessible ethnie Muria dans la province reculée du Chattisgarh et le gigantesque projet de barrage Narmada. Plusieurs publications s’ensuivent et ses premiers reportages sont diffusés par l’agence VU. En 1990, il est l’un des premiers photographes à revenir au Vietnam qui sort enfin de son isolement. Cinq ans plus tard, il entre à l’agence Hoa Qui, spécialisée dans la photo de voyage avant de rejoindre en 2007 la prestigieuse agence Hemis.fr. En 2010, il créé le site “www.avecunphotographe.fr” pour proposer ses propres stages et ceux de quelques photographes de grande qualité. Aujourd’hui son travail est diffusé par les agences Hemis.fr – Getty et AGE fotostock ainsi que sur son propre site professionnel www.philippebody.com

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