Grand angle et proximité avec le sujet en photographieLa proximité avec le sujet en photographie a été remarquablement résumée par Robert Capa dans cette phrase restée célèbre : « Si votre photo n’est pas assez bonne, c’est que vous n’étiez pas assez près ». Capa était un photojournaliste de guerre et d’actualité, cofondateur de l’agence Magnum et l’un des très rares photographes à avoir couvert le débarquement de Normandie durant la Seconde Guerre mondiale.

La proximité avec le sujet en photographie

Le reporter parlait de proximité physique et son conseil s’adressait d’abord aux reporters de guerre, mais nous verrons que celui-ci est à prendre au sens large. Dans un monde qui déborde d’images sur tous les sujets, ne resteront que celles qui ont quelque chose de fort à dire.

Pour faire une image, il faut se confronter à la réalité

Un photographe à la différence d’un peintre, d’un journaliste ou d’un écrivain doit obligatoirement se confronter à la réalité du terrain pour exercer son métier. Un journaliste peut écrire son article depuis le bar de l’hôtel, un écrivain rester dans son bureau et un peintre travailler d’après une photo. En revanche, le photographe n’a pas le choix, il doit s’approcher de son sujet. Ce faisant, il permet au spectateur de se retrouver au cœur de l’action, d’un paysage, etc., à la propre place du photographe. Et la distance que vous mettez entre vous et votre sujet sera exactement la distance qu’il y aura entre le spectateur et le sujet.

distance avec le sujet en photographie et focale

La proximité en photographie : une question d’intimité

Lorsque l’on s’approche très près de son sujet, on crée un sentiment d’intimité avec lui. Plus la distance entre le sujet et le photographe est raccourcie et plus ce sentiment est puissant, voire bouleversant. Cela peut même dans certains cas, lorsque les images montrent des situations extrêmes (guerre, tensions sociales, intimité physique) être presque gênant et s’apparenter à une forme de voyeurisme. Mais c’est aussi ce qui rend ces images particulièrement attirantes et magnétiques.

La proximité avec le sujet en photographie peut également s’entendre autrement que comme une distance physique au sens où Capa l’entendait. Les reporters le savent bien, pour raconter une bonne histoire, il faut connaitre son sujet. Ce qui veut dire s’être renseigné, avoir lu, regardé des vidéos, des films, bref s’être documenté. Ce travail en amont crée de la proximité avec le sujet en photographie car il permet de s’imprégner, de cerner, bref de se rapprocher du cœur de l’histoire que l’on veut raconter.  Ensuite, il faut prendre son temps, créer une relation avec les personnes que l’on photographie pour que celles-ci nous laissent pénétrer dans leur intimité. C’est aussi ce qui différencie le travail d’un bon photographe, d’un presse-bouton compulsif. L’un s’intéresse à l’âme humaine, au cœur et à l’esprit quand l’autre se contente de la surface. Faire un portrait à la va-vite d’une personne rencontrée en voyage ne produit la plupart du temps que des images sans saveur et déjà vues mille fois. Pour qu’un portrait accroche, il faut que le sujet « donne » quelque chose au photographe, un moment de complicité, de partage, voire d’intimité. Et ce petit plus qui fait toute la différence, il faut aller le chercher et c’est souvent la proximité avec le sujet en photographie qui vous le donnera.

photo prise à l'insu du sujet

Gérer la proximité avec le sujet en photographie.

Quelques techniques marchent dans tous les cas, d’autres sont plus adaptées à certains types de photographies. Selon les genres, on va travailler différemment pour obtenir cette proximité avec le sujet en photographie. On peut utiliser différents artifices (focales, certains types de premiers plans, etc.), voire même créer volontairement un effet de voyeurisme. C’est ce que font les paparazzis pour donner à croire qu’ils ont surpris / volé un moment d’intimité.

La technique de base

La plus simple sur le papier consiste à s’approcher de son sujet. C’est aussi la plus difficile sur le terrain. Elle demande au photographe de la détermination, du doigté, de l’empathie, bref de l’investissement personnel. Avec certains sujets (guerre, animalier) cela peut s’avérer très compliqué, voire dangereux, mais c’est le prix pour rapporter de grandes images. Dans ce style de travail, on privilégie l’utilisation d’un grand angle (16/23 mm en APS-C et 24/35 mm en 24×36). On évite souvent les ultra-grands angles qui obligeraient à s’approcher trop près et donnent une vision déformée de la réalité. Les focales fixes ont l’immense avantage de pouvoir être parfaitement maitrisées par le photographe. On peut dès lors se placer par rapport à son sujet sans avoir à vérifier son cadrage dans le viseur. Ce qui permet de rester en contact visuel avec son sujet.

grand angle et déformations

Attention à ne pas déformer le sujet avec ce type de focale. Il faut surveiller et travailler son placement, éviter les plongées et contre-plongées non maitrisées. C’est bien plus complexe qu’il n’y parait au premier abord. Dans l’image ci-dessus, prise avec une focale extrême de 15 mm (format 24×36), le temple est placé de façon à ne pas être déformé. La main gauche de la femme en revanche a une taille exagérée du fait de sa proximité avec l’extrême bord de la photo (anamorphose). Mais ici, cela sert plutôt le sujet.

Photo de paysage

En photographie de paysage, il existe une technique très simple pour créer cet effet d’intimité et donner à penser au spectateur qu’il est « sur place », avec vous. Cette technique s’appelle le premier plan immersif et elle est très utilisée depuis une vingtaine d’années déjà.  Il faut utiliser un objectif ultra ou très grand angulaire (10/14 mm en APS-C à 16/24 mm en 24×36). Faites une légère contre-plongée – ce qui fera remonter la ligne d’horizon et donnera au premier plan une importance accrue. Il faut aussi que tous les plans soient nets pour renforcer l’effet. On a alors l’impression de fouler l’herbe, la neige, le sable (rayez les mentions inutiles) en même temps que le photographe. Le défaut inhérent à cette technique et à l’utilisation de très courtes focales en général est de donner une importance visuelle très importante au premier plan. Dès lors, celui-ci devra être suffisamment riche, intéressant et détaillé et surtout conduire au sujet. Sinon, il risque de devenir lui-même le sujet de la photo, une erreur de composition très classique en photo de paysage.

Pour ce type d’image on privilégie les grands capteurs, 24×36 ou moyen format, la chambre en numérique étant quand même devenue … un peu inabordable pour le commun des mortels.

premier plan immersif

Photo d’architecture

Dans ce genre particulier, c’est aussi le premier plan qui va donner l’impression au spectateur d’être au plus près du sujet. Même si l’on utilise souvent de très courtes focales en architecture du fait de la taille du sujet ou de l’absence de recul, le grand angle seul ne provoque pas un sentiment de proximité. En intégrant un premier plan très proche, on renforce ou crée cet effet. J’appelle cette technique : le premier plan encombré. Je rends ce premier plan souvent très flou (il faut donc qu’il soit quasiment collé à l’objectif), pour renforcer l’effet de voyeurisme ainsi créé.

Reportage, photo de rue, etc.

Il existe 2 méthodes pour créer de la proximité avec le sujet en photographie dans ce type d’images : se rapprocher physiquement et utiliser un grand angulaire ou se rapprocher de son sujet par une intimité réelle avec lui. Cette dernière technique ne peut évidemment s’appliquer à tous les sujets, mais elle marche avec votre famille et vos proches. Souvent par timidité on tente plutôt de faire une image à l’insu de son sujet (je n’aime pas le terme: voler une photo). On utilise alors souvent une focale assez longue de façon à ne pas être repéré par lui. Au final, la taille du sujet peut être la même que photographié de très près avec un grand angle, mais l’effet n’est pas du tout le même. L’utilisation d’un 100/200 mm ou plus, crée un flou de profondeur de champ derrière et/ou devant le sujet qui ne correspond en rien à la vision humaine. Cela crée au contraire une distance supplémentaire.

proximité avec le sujet en photographie

La photo ci-dessus, prise au 28 mm (24×36), a été faite à l’insu des 2 enfants. Dans ce cas, la rapidité et donc l’anticipation sont primordiales. Il faut déjà avoir une idée de son cadrage pour ne pas perdre de temps.

L’art délicat de la photo humaine au grand angle

En utilisant des focales courtes et en se rapprochant, on crée une véritable proximité physique avec son sujet. On fait littéralement rentrer le spectateur dans son intimité. Regardez des magasines de reportage, et vous verrez que la très grande majorité des images est faite avec ce type d’objectifs. Ce qui est évidemment plus difficile, d’un point de vue humain, mais aussi d’un point de vue technique. D’abord parce que le grand angle est d’un maniement plus complexe (il déforme, son champ très large est difficile à gérer, il donne une importance trop grande au premier plan, etc.). Le problème est d’autant plus ardu que la focale est courte. Beaucoup de photographes ont un ultra-grand angle dans leur sac, mais bien peu sont capables de s’en servir correctement sur un sujet humain.  Faisons le tour des difficultés (et des solutions).

proximité avec le sujet en photographie

Nathalie utilise une technique qui correspond à son état d’esprit : trop timide pour s’approcher directement, elle se place près de son sujet en faisant mine de ne pas trop s’intéresser à lui. Ensuite, elle se fait oublier. Pour la photo ci-dessus, elle est quand même restée près de 20 minutes assise sur le sable mouillé. Du coup la vendeuse de cerfs-volants a fini par l’oublier …

Focale fixe ou zoom ?

Un photographe de reportage a déjà une idée de la photo qu’il veut faire. Il va donc décider de sa focale et de son placement par rapport au sujet en fonction de ce qu’il veut. Cette connaissance intime de son matériel est très difficile à obtenir avec un zoom. Elle est bien plus facile à maitriser avec une focale fixe. Un photographe qui tâtonne sur son cadrage alors qu’il est à moins d’un mètre de son sujet a tendance à énerver ce dernier ou à le faire fuir …

Le choix de la focale dépend du sujet. On n’approche pas les gens aussi prêts au Moyen-Orient qu’en Asie, ni une ethnie vivant dans un territoire isolé comme des étudiants ouverts et curieux. Bref, ce n’est certainement pas vous qui décidez, mais bien le sujet. La solution est donc d’avoir 2 ou 3 focales fixes ou un zoom. Ensuite, si l’on veut maitriser sa composition, mieux vaut ne pas démarrer trop court. Un 12/18 mm (APS-C / FF) est infiniment plus difficile à maitriser en reportage qu’un 16/24 mm (APS-C / FF) . Démarrer avec un 18/28 ou un 23/35 mm (APS-C / FF) est très bien au départ.

Grande ou petite ouverture

J’ai envie de dire: grande pour une focale fixe et petite si vous optez pour un zoom. Une grande ouverture (f1.4) vous permettra de créer un léger flou de profondeur de champ (impossible avec une focale ouvrant à F2,8) tout en ayant un objectif compact. Pour un zoom, c’est différent car vous devez penser à l’aspect de votre matériel. Un 24/70 MM F2,8 en plein format c’est énorme lorsque vous êtes près de votre sujet et cela peut jouer contre vous dans certains cas.

L’art d’approcher les gens

Pour que les gens vous laissent approcher d’eux, dans leur cercle d’intimité, il faut créer le contact. Dans certains pays comme la Birmanie par exemple – l’extrême gentillesse des gens, ainsi que le code social en vigueur vous permettent d’approcher très près. Cependant, cela ne veut pas dire que les gens vous acceptent, mais juste qu’ils sont polis. Et malheureusement, certains en abusent et finissent par tarir cette gentillesse naturelle. C’est le cas dans de nombreuses zones touristiques.

Dans l’image ci-dessous, prise très près du sujet, on ressent une grande sérénité de la part de celui-ci. Mais il me connait, car je l’ai photographié l’année précédente lors d’un repérage photo. Puis je suis revenu, avec des tirages papier que j’ai distribués aux gens que je retrouvais. Nous avons alors pu lier connaissance. D’où son total naturel dans la vue de droite où il pose avec sa petite fille.

proximité avec le sujet en photographie

La proximité avec le sujet en photographie commence souvent par l’échange

Dans les voyages photo que j’accompagne, lorsque nous arrivons dans un marché, je donne toujours le conseil suivant : commencez par acheter quelque chose. Et portez votre achat dans sa poche bien en évidence. Ainsi, vous n’êtes plus seulement un photographe, mais aussi (et surtout) un client. En clair, vous n’êtes pas là que pour « prendre » des images, mais aussi pour donner (de l’argent contre une marchandise). Bref, vous êtes précisément dans l’esprit du marché qui est un lieu d’échange. Quel intérêt un photographe a-t-il pour un vendeur au marché ? Aucun. Du coup pourquoi vous sourirait-il, pourquoi vous autoriserait-il de l’approcher ou même seulement à le prendre en photo ? Transformez-vous en client et vous changerez la vision qu’ont les autres de vous.

La photographie est souvent un acte à sens unique. On prend, on sourit et on passe à autre chose. Un photographe qui a pris le temps d’apprendre à dire bonjour et merci dans la langue locale aura d’office un meilleur accueil. Normal, les gens savent que vous avez fait un effort et c’est déjà un bon début. Achetez des gâteaux au marché, puis 10 mn après, repassez devant le vendeur et faites-lui signe avec les mains que vous avez adoré (ou reprenez-en). Vous verrez tout de suite un changement dans son attitude. Vous avez gagné de la proximité et cela se verra dans votre image.

Beaucoup de gens pensent qu’à l’étranger les populations locales sont forcément ravies de les voir et tout aussi curieuses qu’eux-mêmes. C’est peut être vrai pour les 100 premiers étrangers qu’ils voient, mais plus du tout le cas dans les endroits hyper fréquentés.

Un faux effet de voyeurisme

Les paparazzis savent bien fabriquer un effet de voyeurisme car celui-ci est ce qui fait vendre leurs images. Ainsi lorsqu’ils font une mise en scène avec des vedettes consentantes, ils travaillent leurs images comme si elles avaient réellement été « volées ». Un peu de grain, un premier plan encombré (comme si le photographe caché avait pris l’image à travers des obstacles), un vignettage et le tour est joué ! L’effet est garanti, on regarde avec une excitation un peu malsaine en se disant que l’on rentre dans l’intimité d’une personne à priori pas vraiment d’accord …

Le portrait

Pour un portrait, la proximité avec le sujet en photographie s’entend plutôt au sens figuré. Le grand angle permet bien sûr de s’approcher du sujet, mais il a tendance à déformer et n’est utile que pour dépeindre le cadre de vie de la personne photographiée. On utilise donc les focales classiques de 60/85 mm à 90/135 mm (APS-C / FF). L’avantage est que ces focales permettent de ne pas trop serrer le sujet. On lui évite de se sentir « pressé ». Mais dès lors comment créer un sentiment de proximité ou d’intimité avec lui ? Cette fois, c’est l’attitude du sujet qui est décisive. Il faut qu’il vous donne quelque chose. Un sourire, un regard complice, une expression amusée, bref le genre de chose que l’on ne donne pas un parfait inconnu. J’ai consacré un article au portrait en voyage que vous pouvez relire.

Une technique simple consiste à faire une première image très rapide. Regardez là et tout de suite souriez à la personne photographiée et montrez-lui que vous êtes content. Approchez-vous d’elle pour lui montrer le cliché. Ce faisant, vous vous rapprochez (au sens littéral cette fois) de votre sujet. Profitez-en pour le placer mieux dans la lumière, corriger un détail de sa tenue, etc. bref portez-lui de l’attention avant de refaire une série. Mais ne restez jamais plus de 10 secondes silencieux, immobile ou sans lui parler. Du point de vue du modèle, c’est très très long…

Dans l’image du saddhu indien ci-dessous, je n’ai pas eu besoin de me déplacer. Quelques mots en hindi ont suffit à briser la glace avec le sujet et à obtenir un vrai sourire chaleureux.

Conclusion

La proximité avec le sujet en photographie crée un sentiment d’intimité avec celui-ci. Elle peut s’obtenir simplement en s’approchant et en utilisant une courte focale, mais aussi en connaissant intimement son sujet. En fonction des genres de photos, on peut utiliser différentes techniques, mais toutes demandent un investissement personnel du photographe.

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Philippe photographe de voyage professionnel a deux passions : la photographie et le voyage.  Après  … lire plus

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plusieurs séjours en Afrique, il se rend en Asie et c’est l’éblouissement. A la fin des années 80, il réalise ses premiers reportages en Inde, dont un sujet sur l’inaccessible ethnie Muria dans la province reculée du Chattisgarh et le gigantesque projet de barrage Narmada. Plusieurs publications s’ensuivent et ses premiers reportages sont diffusés par l’agence VU. En 1990, il est l’un des premiers photographes à revenir au Vietnam qui sort enfin de son isolement. Cinq ans plus tard, il entre à l’agence Hoa Qui, spécialisée dans la photo de voyage avant de rejoindre en 2007 la prestigieuse agence Hemis.fr. En 2010, il créé le site “www.avecunphotographe.fr” pour proposer ses propres stages et ceux de quelques photographes de grande qualité. Aujourd’hui son travail est diffusé par les agences Hemis.fr – Getty et AGE fotostock ainsi que sur son propre site professionnel www.philippebody.com

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